De tout et de rien

Voici quelques notes personnelles en réaction à l'actualité et à certains événements de ma propre vie.

jeudi, mai 22, 2008

Un bilan à fêter?

 
Un bilan à fêter?
Le 8 mai dernier, Nicolas Sarkozy entrait à L’Élysée. Pour fêter la première année de son mandat présidentiel, il a, voici quelques jours, réuni ses ministres et ses principaux collaborateurs autour d’un banquet.
De son côté, le parti majoritaire, L’UMP, a rassemblé ses cadres, hors la présence du Président de la République retenu par ce banquet, autour d’une table festive que l’on a toute raison de croire bonne.
Nicolas Sarkozy a, de plus, marqué l’événement par une intervention télévisuelle au cours de laquelle il a tiré le bilan de cette première année à la tête de l’État.

Il s’est livré, à cette occasion, à un acte de contrition qui, à mes yeux et à y regarder de près, ressemblait plus à un exercice d’auto-félicitation qu’à un acte d’humilité.
Il a, certes, admis qu’il avait commis des erreurs , qu’il n’avait, en particulier, pas assez expliqué le bien-fondé des réformes entreprises, que, de ce fait, beaucoup de nos compatriotes n’avaient pas compris la pertinente sagesse de ces dernières.
Mais, tout compte fait, il a réaffirmé l’excellence de sa politique et soutenu sans ambage qu’elle devait être poursuivie sans faiblesse.
A l’issue de cette intervention, le Premier ministre, enfonçant le clou, dans un numéro de psittacisme bien rôdé, a tenu des propos allant dans le même sens.
Bref, tout l’appareil Sarkozien, s’auto-félicitant, a glorifié la politique conduite au cours de cette première année sous l’impulsion du Président de la République.

Pour autant, la majorité de nos compatriotes ne partage pas cet optimisme. A l’épreuve du temps et des faits, ils portent désormais un jugement sévère sur cette politique. Beaucoup d’entre eux estiment qu’il n’y a vraiment pas lieu de fêter le bilan de cette première année.
En fait, le désamour qui s’installe entre l’actuel pouvoir et l’opinion publique ne résulte pas d’une défaillance pédagogique mais tient à des causes plus essentielles.

Les français, dans leur majorité, en particulier ceux qui représentent le monde du travail, aspirent, certes, à des changements mais pas à ceux que le pouvoir entend mettre en place. Ce qu’ils contestent, c’est la nature même de ces réformes qui, pour eux, se traduisent le plus souvent par des régressions et du mal vivre, alors qu’elles apportent aux tenants du capital et au nantis de nouveaux avantages et privilèges. Ils souhaitent l’avènement d’un ordre politique et social plus juste, en particulier, un autre mode de distribution des richesse produites qui soit plus équitable pour le monde du travail et moins royal pour le capital et les classes les plus favorisées.

Dans la même semaine où le pouvoir festoyait pour célébrer un bilan dont se félicite, pour parler comme M.Raffarin, la France d’en haut, la télévision, dans le cadre de l’émission « Envoyé spécial », nous a offert un reportage illustratif des effets de l’actuelle politique sur beaucoup de nos compatriotes.
Elle nous a montré des gens, toujours plus nombreux, fouillant pour survivre les poubelles de grandes enseignes de distribution. Il y avait là, nous a t-on précisé, non pas des marginaux de profession, mais des retraités ne pouvant vivre de leurs faméliques pensions, des étudiants pauvres que ne pouvaient soutenir des familles désargentées, voire même des actifs disposant d’emplois sous-rémunérés.
J’ajouterai, pour ma part, que le spectacle de cette indigence ne représente que la partie émergée et visible d’une pauvreté sans doute moins extrême, mais plus généralisée. Beaucoup de nos compatriotes, issus des classes moyennes, perdent, en effet, au fil du temps et en raison des réformes négatives de l’actuel pouvoir, la petite aisance qu’ils avaient acquise, fruit le plus souvent d’un travail assidu et d’un patient effort d’épargne.

Face à cet appauvrissement du monde du travail qui revêt parfois des formes très cruelles, la Gauche et plus largement l’ensemble du monde progressiste doit se faire un devoir de se préparer à la relève. Il lui appartient de récuser l’ordre libéral dont se réclame le pouvoir et de définir des plateformes politiques et sociales capables de conduire à l’avènement d’une société plus équitable et plus heureuse qui donne enfin au monde du travail son juste dû.

Mais j’ai pour conviction que, pour atteindre ce but, deux conditions doivent être impérativement remplies.
Il est indispensable qu’aucune des diverses composantes de la Gauche n’usurpe sa dénomination de gauche, qu’elles soient toutes authentiquement habitées par le désir, non pas d’aménager par de superficielles retouches l’ordre libéral, mais d’opérer de substantielles réformes.
Il n’est pas moins indispensable que les forces de Gauche, abandonnant leurs crispations identitaires, sachent enfin s’unir pour entreprendre, d’une même voix, une large reconquête de l’opinion publique trop longtemps abusée par un pouvoir libéral utilisant à haute dose des médias trop souvent acquis à sa cause.


C’est à ce prix, par l’union, par la volonté d’entreprendre de vrais changements que l’on pourra bâtir une société où l’on ne retrouvera pas à un bout un luxe insolent et inouï et à l’autre bout de la pauvreté, de la misère, ou, en tout cas de la précarité et de la gêne.

Ne serait-il pas grand temps qu’il n’y ait plus d’exclus au banquet de la vie ?